Rêve d’Automne (Nouvelle)

Protection_by_Louisolah

Chapitre premier : Paisible solitude.

 

Le vent soufflait assez fort, emportant avec lui des feuilles ni tout à fait vertes ni tout à fait mortes, en ridant la surface de ce paisible étang et se heurtait aux carreaux de la porte en bois. Il rouspétait à tous les coups, puis, reprenait sa route en sifflant dans le feuillage de ces grands arbres, que les derniers rayons d’un soleil fuyant, illuminaient.

À cette heure tardive, il réchauffait encore l’espace, la prairie, l’intérieur de la demeure, donnant à ces dernières une teinte, une coloration digne de l’automne doré, d’Isaak Levitan, représentation pour moi, toute abstraite. Le feuillage était d’un rouge feu, comme le ciel au crépuscule, zébré d’orange, de jaune et d’une légère nuance de vert.

On n’entendait rien, non, rien d’autre que la nature ; les oiseaux regagnant leur nid, les animaux au fond des bois, le plouf des plongeons d’un poisson ou d’un crapaud dans l’eau sombre de l’étang et quelques autres sons qui rappelaient que le silence est d’or, que les mots sont parfois de trop. Alors, il se taisait, écoutant dame Nature, sa chanson mélancolique et pourtant partition du bonheur et de paix. La musique est suite de silences, de pauses, de notes tristes et joyeuses qui s’enchainent se déchainent.

Il ne disait mot, la tête légèrement inclinée en arrière, les yeux mi-clos. Assis sur la chaise à bascule, absorbé dans la contemplation de ce spectacle réjouissant, il songeait. Était-ce un rêve ? Les images du passé s’invitaient dans le présent, mélange de temps créant une sorte de confusion dans son esprit qui semblait s’accrocher aux souvenirs et fuir la réalité. Il est des réalités comme des vérités, chacun en a la ou les siennes.

Il ne vivait pas dans le passé disait-il, mais ne se souciait guère de l’avenir non plus ; il vivait ou, il se laissait vivre depuis ce jour où…Oui, il vivait dans une cabane en bois, simple mais agréable retirée loin de la civilisation, du brouhaha que font les machines des hommes, leur bouche, nuit comme jour, sans trêve, sans cesse, sans répit.

Il avait choisi l’exil, le bannissement volontaire pour échapper aux disputes, aux sermons, aux reproches, aux tentatives de consolation, aux mots…censés guérir d’autres maux, mais en vain. Il se sentait suffisamment coupable pour devoir supporter leur regard, voir dans leurs yeux, tantôt de la pitié, tantôt des accusations, alors, il avait fui, comme le faisait en cet instant précis, le soleil. Mais, à cette chose près, l’un plongeait dans la mer, et l’autre se noyait dans l’amer.

Il chercha de ses yeux d’un noir aussi profond que l’intimité d’un puits, sa bouteille qui trainait à ses pieds. Quand il l’eut vue, il l’attrapa, puis la porta à ses lèvres. Il ne reconnut point l’image qu’il aperçut dans ce récipient, cette fiole contenant son poison favori, celui avec lequel il pensait bien détruire ce qui restait du monstre. Le liquide inonda sa gorge, descendit le long de son œsophage et fit comme cet astre là-haut, quand il poursuivit sa descente dans ses organes. Il en arrosa sa barbe au passage, lui qui, d’habitude se rasait quotidiennement. Ses vêtements également en furent souillés, ceux-là même qu’il portait depuis plus de quatre jours, au point qu’ils sentaient l’alcool et la sueur, et d’autres parfums indéfinissables.

L’eau-de-vie provoque la mort, à en abuser de la sorte ; quel nom étrange pour un venin ? Elle agit lentement, ce qui donne le temps d’expier toutes ses fautes, de reconnaitre ses erreurs. En plus, elle apporte un certain réconfort, comme une huile sur le front, l’onction de grâce. Dans sa douceur, il y a de l’amertume et vice-versa. Elle fait naître cette sensation de légèreté, cette impression de flotter dans les airs…est-ce devenir ange, atteindre enfin, obtenir le pardon ? Non, pures élucubrations.

Voilà six mois maintenant qu’il avait fait de la solitude sa nouvelle compagne, et, il tenait à elle presque autant qu’à la précédente. Il leur trouvait, ou se forçait à leur trouver des ressemblances, des similitudes mêmes fictives. Ainsi, étaient-elles à ses yeux, toutes deux douces et exquises, nécessaires et précieuses, sereines et  thérapie, discrètes confidentes. Il ne faut pas vivre dans ses souvenirs, mais comment faire table rase du passé et…tout oublier ? Comment se projeter dans l’avenir quand on a perdu goût à la vie ? Comment ? Pourquoi ? Voilà qu’elles revenaient, ces questions qui, de le tourmenter, jamais ne cessaient. Impossible de les ignorer, elles insistaient, persistaient, réclamant certainement réponse, mais, aucune ne venait. Ces maudites questions, il fallait les faire taire, encore une fois.

Comme les ténèbres approchaient, il rentra et ferma la porte, regarda par la fenêtre essayant de distinguer les feuillages que le vent faisait toujours danser, mais c’était peine perdue. Une lune timide tentait de sortir de derrière les épais nuages. Il fit la lumière. Une lanterne à pétrole chassa l’obscurité dans la pièce.

 

©Rénorin Laurent_05/07/16

(à suivre ou…non !)

 Illustrations Images Internet

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